Ce soir, j'arrête la pilule


Moi, c'est Justine 23 ans et Pierre 30 ans. Notre petit bout se porte à merveille, il va avoir 11 mois le 09 décembre. Un bébé très calme, souriant, un peu cascadeur mais aimant les câlins de son papa et (surtout) sa maman.

Notre couple c'est forme (officiellement) le 06 janvier 2015, officieusement une semaine avant, ai cours d'une soirée avec des amies en commun. Sur un malentendu on s'est laissé notre chance (oui nous on fonctionne tout sur un malentendu ) cela nous a mené à bientôt 5 ans de vie commune et 1 enfant formidable. Nous nous sommes pacsé juste avant la naissance du petit, le 23 décembre 2019.

Originaire de la Mayenne, nous vivons désormais au bord de la mer en Vendée et c'est chouette !



Le 21 MARS 2019 : Tout commence aujourd'hui, sur un coup de tête. Ca fait déjà quelques mois que j'ai commencé ce boulot. On ne peut pas dire que ce soit l'éclate. L'ambiance n'est pas très bonne, un gros turn over dans l'équipe. Je ne me vois pas en partir, je suis jeune, pas énormément d'expérience; et j'ai surtout un CDI et des projets de couple plein la tête. " Je vais avoir un enfant et me barrer d'ici ! " Je ne sais pas comment l'idée s'est retrouvée dans ma tête mais elle ne m'a pas quittée de la journée. Je rentre du travail et rejoins mon chéri qui jardine. " C'est la merde au boulot ! On fait un gosse ! Ce soir c'est décidé, j'arrête ma pilule ! " Pierre est un peu choqué. Il me demande de lui laisser jusqu'à ce week-end pour y réfléchir. " Non, c'est tout vu j'arrête ma pilule. De toute façon, tout le monde dit toujours que ça met du temps. Je ne vais pas tomber enceinte tout de suite ! " Notre situation est stable. Nous sommes en couple depuis plus de 4 ans, nous avons une maison, mon CDI. Nous parlons de ce projet bébé depuis quelques temps. C'est juste que, pour je ne sais quelle raison, je souhaite nous lancer plus tôt que prévu dans cette aventure. On se laisse vivre. Nous profitons pleinement de notre vie intime, sans prise de tête. Je suis, très approximativement, mon ovulation avec une application; ce qui nous permet de plus en rigoler qu'autre chose. Et puis, avec cette pilule, je n'ai plus mes règles depuis presque 4 ans. Alors, nous sommes surtout dans le plus grand des flous. Et, ça nous plait bien.


Moi, c'est Justine 23 ans et Pierre 30 ans. Notre petit bout se porte à merveille, 11 mois depuis le 09 décembre. Un bébé très calme, souriant, un peu cascadeur mais aimant les câlins de son papa et (surtout) sa maman. Notre couple s'est formé (officiellement) le 06 janvier 2015, officieusement une semaine avant, au cours d'une soirée avec des amis en commun. Sur un malentendu on s'est laissé notre chance (oui nous on fonctionne pour tout sur un malentendu ) . Cela nous a mené à bientôt 5 ans de vie commune et 1 enfant formidable. Nous nous sommes pacsé juste avant la naissance du petit, le 23 décembre 2019. Originaire de la Mayenne, nous vivons désormais au bord de la mer en Vendée et c'est chouette!​


Week-End du 27/28 avril 2019 : Je ressens de grosses douleurs dans le ventre, mes seins qui tirent et toujours pas l'ombre de mes règles. Mais c'est qu'après un rapport très douloureux que je me dis qu'il serait peut être temps d'en parler à mon médecin. Mardi 30 avril 2019 : Je n'ai pas pu avoir de rendez-vous hier, un " mal de ventre" ne semblait pas suffire à la secrétaire pour me trouver un créneau. J'ai du poser mon début de journée pour me rendre au rendez-vous ce matin. Je me sens un peu perdue, impatiente de savoir ce qu'il se passe dans mon corps. Je ne sais pas trop quoi faire, mais je sens bien que je ne suis pas comme d'habitude. Et si je faisais un test de grossesse ? On ne sait jamais… sur un malentendu… Je le fais et vaque à mes occupations. C'est 5 minutes après que je les vois… ces 2 barres. Je suis seule à la maison, choquée de voir que finalement on y était déjà. On se retrouve propulsés dans cette aventure bien plus vite que je l'imaginais. Je garde cette découverte pour moi et pars à mon rendez-vous. A midi, mon chéri m'appelle. Je n'arrive pas à résister. " Je suis enceinte ! " J'aurai pu faire un peu plus original… Il est bouche bée. Est-il déçu ? Ce blanc dure bien trop longtemps à mon goût. En réalité, il est tout simplement choqué. Nous nous retrouvons au lit le soir même, sur un petit nuage. Nous sommes si heureux, on parle de son futur prénom. Nous réalisons que notre enfant n'aura que quelques mois d'écart avec le petit de nos amis qui doit naître prochainement. Ils vont pouvoir grandir ensemble. Nous nous projetons, des étoiles pleins les yeux. " Ah, d'ailleurs, j'ai eu Clémence aujourd'hui. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas trop senti son bébé depuis hier et qu'elle ne savait pas trop quoi faire. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis. " J'ai un mauvais pressentiment. 1er mai 2019 : C'est toujours sur notre petit nuage que nous nous réveillons. C'est de ce même nuage que j'ouvre mon compte Instagram, comme chaque matin, et découvre la story de Clémence. " Martin." suivi d'une petite étoile filante. Ce n'est pas possible. Elle a accouché. Je ne veux pas, ne peux pas comprendre ce petit émoticône accolé à ce prénom. Je veux juste me réjouir. Je lui envoie un simple " Tu as accouché ? " sans aucun artifice autour. Dans le fond, je sais. " Oui, mais nous avons perdu le bébé à la naissance. " Je m'effondre. Ces mots résonnent en moi. Je suis choquée. Ce n'est pas possible. Je viens d'apprendre ma grossesse. Et ce petit être qui devait lui aussi avoir la vie devant lui est parti ainsi. J'ai tellement de peine. Ce jour restera gravé en moi. Suite à ce traumatisme, quelques angoisses m'envahissent jusqu'à la première écho. Je gère tant bien que mal les crises. Puis, les nausées et les vomissements sont aussi de la partie jusqu'aux 3 mois. Mais à côté de ça, je reste très en forme. Je continue mes petites virées à la piscine avec ma collègue. Septembre 2019, 6°mois de grossesse : Les choses se compliquent. Je suis fatiguée. Nous sommes en sous-effectif au travail sans responsable, je fais des semaines à plus de 40h, l'ambiance est mauvaise, et n'ai toujours pas eu de vacances depuis mon arrivée en novembre. Après un petit week-end vers Marseille, je reviens encore plus épuisée et des contractions en bonus. Je n'ai plus envie de rien, juste de me barrer. Début octobre, 7°mois grossesse : Mon médecin m'arrête 15 jours pour que je me repose. Il n'a pas à me supplier, je saute clairement sur l'occasion. Mon retour au travail ne se passe pas comme je l'imagine. Je rentre tous les soirs en pleurant. Le vendredi soir, je retrouve mon médecin, complètement à bout de nerfs. Il décide de m'arrêter de nouveau. Fin octobre : Pierre passe un entretien d'embauche pour un poste de formateur, dans un autre département. Dès la sortie de son rendez-vous, des petits boutons bulleux sortent sur le bout de mes doigts. Je n'y prête pas plus attention que ça. Le soir même, il est rappelé. Son nouveau boulot l'attend début novembre, le lendemain de ma T2. Les jours passent, les boutons s'étalent sur mes mains, mes bras, mes jambes et mes pieds. Ca me démange terriblement. Aucun docteur n'est capable de poser un diagnostic. De grosses insomnies s'ajoutent au tableau. Je ne suis vraiment pas au top de ma forme jusqu'aux vacances scolaires. Une fois, Pierre rentré, mon état s'améliore. Tout rentre dans l'ordre, petit à petit. Décembre : Nous passons les fêtes de fin d'année, en famille, sans excès. Je me lève chaque matin, en pensant : " Aujourd'hui, c'est le jour ! " Nous sommes tellement impatients. Je trouve ce dernier mois de grossesse interminable. C'est pas faute d'avoir fait mes carreaux, d'avoir marché. Et puis, le gynéco, lors du rendez-vous des 8 mois, m'a prévenu que je n'irai pas au bout " Votre col a bien bougé ! il est bien bas ! " ... Mais, en attendant... Il ne se passe rien. Dimanche 05 janvier 2020 : Aujourd'hui, nous sommes la veille de mon terme. Nous allons faire une petite marche de 40 minutes autour du plan d’eau de chez nous. On ne sait jamais … Vers 20h, je me décide à téléphoner à la maternité. Lorsque la sage-femme m'avait confié leur carte, je n'aurai jamais imaginé devoir les appeler. J'étais tellement convaincue que bébé arriverait avant le terme. Lundi 06 janvier, jour du terme : Toujours rien. Date de notre terme mais surtout date de reprise de mon chéri. Je n'avais tellement pas imaginé que les choses se passent ainsi. Pierre vient me dire au revoir. J'entends la voiture partir et m'effondre dans mon lit. Je suis effrayée. Tout cet inconnu qui nous attend, qui m'attend. Quand est-ce que bébé va se décider ? Est ce que le papa pourra arriver à temps ? Je me sens si triste et angoissée. J’ai rendez-vous à 8h. Ma meilleure amie et marraine du futur bébé, vient me chercher à la maison. Lorsque la question du départ de Pierre s'était posée, il avait semblé évident pour tout le monde, qu'on ne me laisserait pas seule. Petite rivalité avec mon père, qui n'a pas l'air d'apprécier la place que je laisse à mon amie. Finalement, on trouve un accord. Je serai lundi et mardi avec mon ami, et mercredi, chez mon père avec ma belle-mère. Nous rejoignons la maternité pour le monito. La sage-femme en profite pour vérifier l'état de mon col et me propose un décollement des membranes. Ca me fait un mal de chien, mais si ça peut faire venir le travail, je prends ! Le rendez-vous se termine avec une petite échographie qui montre encore suffisamment de liquide amniotique. A priori, ce n'est pas encore pour de suite ! Je ressens une petite pointe de déception quand même, je m'étais imaginée qu'ils me garderaient. Mais bon, c'est le destin ! Et puis, en attendant, je suis en bonne compagnie ! Ils me demandent de rester active et de marcher un peu. Nous en profitons pour aller faire quelques courses. Je croise d'anciennes collègues qui rigolent de me voir toujours enceinte. L'après-midi, nous allons dans les champs de mon amie, agricultrice. Je dors dans sa voiture, je marche un peu, pendant qu'elle coupe du bois. En fin de journée, nous allons nourrir ses bêtes. Je me couche après une bonne bonne douche, vraiment naze. Mon amie m'ajoute entre-temps une alèse jetable en rigolant " ça serait sympa que tu perdes pas les eaux dans mon clic clac stp ! " Mardi 07 janvier, J+1 : Pour une fois j'ai passé une nuit réparatrice. Je me réveille presque en forme. Enfin. Tout est relatif. En forme pour une femme enceinte ayant dépassé son terme. La journée se passe dans le calme. Je dors beaucoup. Je sens d'un seul coup quelque chose. J'en déduis rapidement que c'est le bouchon muqueux. Je le perds finalement en 2 fois. Je vous épargne les détails, mais je suis choquée de la quantité du machin ! Mon amie, derrière la porte des toilettes, a droit à tous ces détails justement. Je finis par en rire quand elle me demande de m'arrêter, elle est écoeurée. Pendant ce temps, je me débats avec ce machin tout visqueux. Je suis zen, toute façon, le médecin m'avait prévenue, la perte du bouchon muqueux n'annonce pas une arrivée imminente du bébé. En fin de journée, je passe chez moi, nourrir mon lapin et récupérer quelques affaires avant que mon père ne vienne me chercher. J'ai beaucoup de mal à trouver le sommeil. Je tourne. Je vire. Je me lève pour boire, aller aux toilettes. Ce qui effraie mon père à chaque fois. Au réveil, je ne sais pas qui a finalement le moins bien dormi. Je suis quand même sacrément soulagée de ne pas avoir accouché cette nuit. L'idée que mon propre père puisse apercevoir mon appareil génital en action ne me réjouissait pas trop. Et puis, surtout, c’est un moment intime que je voulais vivre avec le papa de mon bébé et non avec le mien. Mercredi 08 janvier, J+2 : Toujours rien. Mais aujourd'hui, c'est le jour où Pierre rentre à la maison. Ca fait déjà un mois qu'il a posé son congé pater, et avec le préavis, ça tombe à partir de jeudi ! J'ai rendez-vous pour un second contrôle aujourd'hui. Ma belle-mère m'y accompagne. Monito, échographie et nouveau décollement des membranes. Wahooooooo, la douleur. J'ai encore plus mal que lundi. Les sages-femmes sont rassurantes " Il est parfait ce col ! Si vous devez être déclenchée, on ira directement à la rupture de la poche ! " C'est bien beau tout ça, mais en attendant… Toujours rien. Le midi, je mange au dessert un yaourt. Sur l'opercule, une petite citation " Je ne te ferais pas attendre plus longtemps " un signe ? ... MAYBE ! 21h50 : Mon chéri nous rejoint après sa petite semaine de travail ! Je suis si soulagée ! Il sera forcément à mes côtés pour l'arrivée de notre bébé. Nous nous installons sur le canapé. Mon père et Pierre regardent la diffusion du match PSG/ST ETIENNE. C'est au moment de me lever du canapé pour rentrer chez nous que je ressens une contraction assez douloureuse. Je n'y porte pas plus d'intérêts. C'est devenu tellement habituel ces dernières semaines. On rigole de l'éventuelle nuit blanche qui attend Pierre après tous ces kilomètres avalés pour me retrouver. Mais, selon mon père, ce n'est pas pour cette nuit non plus: " Elle n'a pas une tête à accoucher ! " 23h30: Je pars me coucher seule. Au moment de rentrer au lit, je reste bloquée à "4 pattes". Une contraction douloureuse inhabituelle. Mon instinct me fait dire qu'il se passe quelque chose. Je reste calme. J'en parle à Pierre quand il me rejoint. Ca ne nous affole pas et éteignons la lumière. 23h42: Je me cramponne à mon oreiller et souffle bien fort. Il est temps de mettre en pratique ce que nous avons appris en cours. Pierre me donne la main. Je la sers fort à chaque contraction. Il me soutient comme il peut tout en essayant de dormir un peu pour récupérer. Je me mets dans ma bulle, et gère un peu seule. Je me concentre sur ma respiration. J'essaie d'être la plus silencieuse possible. Je calcule l'intervalle des contractions. Toutes les 12 minutes. La sage-femme nous a prévenu, le signal pour rejoindre la maternité ? Toutes les 2 min pendant 1h ou 5/7min pendant 2h. C 'est pas pour de suite. ... " Allez, à la prochaine on y va. " " Celle d'après, on y va ! " … 1h20 : Pierre allume la lumière et se lève d’un bon. " C'est bon, on y va ! Il a décidé de ne pas me laisser dormir ! " dit-il en enfilant son pantalon. Je m'y attendais pas, la situation me fait juste rire. Ca fait déjà quelques temps que je ne peux plus enfiler mes chaussures. C'est tout naturellement que j'enfile ces trucs moches que sont les crocs. " Ca va pas ! Tu y vas pas comme ça, ca fait manouche ! " En attendant qu'il vienne m'aider à enfiler mes chaussures, une contraction me fait bondir. Je ne tiens plus en place. " C'est bon, me les casses pas ! Je mets mes crocs et tu fais pas chier!! " La délicatesse de la femme en plein travail, dans toute sa splendeur. Pierre avale une banane. Je ne sais pas quand est ce que j'aurai l'occasion de re-manger alors j'en profite, et lui pique un bout au passage; et bois un peu d'eau. 1h30 : Nous prenons le chemin de la maternité. Je m'agrippe à la poignée de la voiture pendant tout le trajet. Je me concentre sur ma respiration pour gérer la douleur. Je le sens. C'est la clef. 1h50 : Nous arrivons. Je réussis tant bien que mal à traverser le parking. Mon état, pourtant assez explicite, ne semble pas suffire. Nous devons expliquer le pourquoi de notre venue à l'accueil avant qu'on nous ouvre. Nous sonnons au service maternité. Personne ne répond. On patiente. Je m'impatiente et commence à gueuler. Je ne sais plus comment me mettre. Assise. Debout. A genoux sur la chaise. Je vais pour re-sonner quand nous entendons dans le couloir un : " Je crois qu'il y a quelqu'un " " Qu'est ce qu'il vous arrive ? " me dit-elle. Intérieurement, je bous. Il est 2h du mat. Je viens pas cueillir des haricots en fait ! Je me contente d'un simple " je crois que j'accouche ! " On me prend en charge, m'ausculte, je suis ouverte à 4 bon cm. " Souhaitez-vous la péridurale ? " Je ne souhaite pas forcément d'anesthésie. Pour l'instant, j'arrive à gérer ma douleur. Et puis, qui dit péri, dit salle d'accouchement. Ca me paraît encore trop tôt. Je préfère attendre un peu. On m'installe dans la salle de prépa. Ils mettent en place le monito et m'autorisent à utiliser le ballon trouvé sur mon chemin. Je gère mes contractions relativement bien. En me levant, ma tête se met à tourner, j'ai à peine le temps de saisir la poubelle que je vomis. Rien de grave. Mon travail est juste intense. Je me sens assez sereine. Je décide de m'allonger. On entend une femme HURLER. Avec mon chéri, nous éclatons de rire. 2 secondes après, je pleure. Nerveusement. " C'est bientôt mon tour." Vive les hormones. Je suis à quatre pattes sur le lit. C'est de plus en plus intense. Je doute. " Tu crois que je vais réussir à aller jusqu'au bout sans péridurale ? " " C'est toi qui vois." Je commence à tourner de l'oeil. Je ne gère plus. La douleur m'envahit. J'atteins sans réellement m'en rendre compte, au "pic de douleur". Je suis à califourchon entre le lit et le sol, à tirer sur les draps. Je me tords de douleurs. " Je veux la péri !!! " Le personnel soignant arrive, m'installe sur le lit, et tente de me calmer en m'aidant à reprendre mon souffle. Pierre est aux admissions. Je ne me rappelle pas l'avoir vu partir. La sage-femme m'ausculte. Je sens qu'ils embarquent mon lit en direction de la salle d'accouchement. Je suis dans un état second. Complètement défoncée. Je sens les secousses dans le couloir. Je ne comprends plus rien. J'arrive dans la salle d'accouchement. On me demande de me glisser dans ce nouveau lit. Je m'exécute. C'est le calme plat. Je n'entends plus rien. Je suis entièrement shootée aux hormones. J'attends. Je redemande la péridurale mais dans le fond, je la connais la réponse. " C'est trop tard Madame, vous êtes ouvertes à 9." On me propose d'apaiser mes douleurs avec le gaz hilarant. J'en prends quelques bouffées. Un peu trop, peut-être. Je me sens partir, alors j'arrête. J'apprécie cette anesthésie. Je me sens actrice, c'est ce qui me convient. Même si, il m'arrive de dire n'importe quoi après une trop grande bouffée. Chose qui fait bien rire tout le monde. D'un seul coup, je ressens une envie de pousser. Un mélange entre un haut le coeur et l'envie d'aller aux toilettes. Comme une gastro qui te surprend. Cette force qui me pousse au corps est puissante. Je me laisse aller. " Je vais pousser. " " Non ! non ! On arrête tout. Ce n'est pas le moment ! " me crie une sage-femme. Je suis allongée sur le dos. Je ne me sens pas à l'aise. Je ressens le besoin de me mettre sur le côté. Ca ne plait pas au personnel mais je sais mes besoins. Je suis à l'écoute de mon corps et il me faut être sur le côté. Un côté, puis finalement l'autre. Je trouve enfin une position qui me convient. Quelques minutes plus tard, l'équipe me re-installe en position médicale, sur le dos. J'hurle. Mon bassin me fait terriblement mal, mais on m'explique qu'il leur faut écouter le coeur de bébé. J'ai plus le choix. Puis, on me demande de commencer les poussées. J'essaie d'abord la poussée avec la respiration, la méthode la plus douce. Ca ne fonctionne pas. Mon bébé ne sort pas. On me demande de bloquer ma respiration pour pousser. Sa tête est bloquée. Je cris. Un cri transperçant, de force surhumaine, que j'exprime en poussant. " Continuez ! C'est super ! " Une poussée… 2 … 3 … 4… 5 …. " J'AI SOIF ! " Tout le monde se met à rire. " Vous boirez après." me dit-on, en me mettant tout de même un peu de spray d'eau dans ma bouche. C'est reparti. En 2 ou 3 poussées, la tête passe. Je pose ma main sur mon ventre et je sens d'un seul coups mon bébé glisser et quitter mon corps. Je ressens mon ventre vide en un millième de seconde. Cette sensation me surprend. Je n'ai pas le temps de tout réaliser que j'accueille mon bébé. Nous sommes le 9 janvier, il est 3h47, et j'ai donné vie à notre fils. Je n'ai plus les mots. Je sens son petit corps chaud, tout léger contre moi, et sa peau douce. Je le sers fort dans mes bras avant même de regarder son visage. Un médecin, celui rencontré la veille pour l'écho de contrôle, entre pour recoudre ma légère déchirure. A priori, je m'en sors bien. Nous avons évité de peu les forceps. " Vous avez été courageuse ! Et ça a été rapide pour un premier. Tardez pas pour le prochain si vous voulez pas accoucher chez vous ! " L'aide soignante qui m'a rassurée tout le long, me montre les bleus que je lui laisse en souvenir. Mon chéri n'a pas été épargné non plus, je lui ai même offert une petite écorchure sur la main. " Comment s'appelle ce bébé ? " "Augustin" On vient me montrer le bracelet pour que je puisse confirmer la véracité des informations. " 1H47 ?! Je n'étais même pas encore arrivée à l'hôpital. " " La maman est plus alerte que l'aide soignante, il est temps qu'on aille se coucher ! " Tout le personnel est épuisé. Elles ont enchaîné 3 accouchements en 2h. Augustin est habillé pendant qu'on termine mes soins. " Ah on va essuyer, il a fait caca sur sa maman " ok. Merci mon chéri, moi aussi je t'aime. Pendant que le médecin s'occupe de me recoudre, j'utilise le masque à gaz, pour apaiser les douleurs. " Ca va ? vous n'avez pas trop mal ? " " gru ogrnez roignrz fzeo e z! " " J'ai rien compris." okay justine. C’est bon ferme ta gueule. T'es défoncée. Notre bébé va bien. Il commence avec un peu de peau à peau avec son papa. C'était important pour moi. Il me rejoint ensuite pour sa première tétée. On m'aide pour la mise au sein, et juste : Wouaw cette sensation. Il s'est ensuite endormi sur moi, en peau à peau. Je me retrouve en pleine admiration devant cette bouille d'ange. Nous serons remontés en chambre aux alentours de 8h. J'aimerai tellement revivre ce moment si intense en émotion. Mon accouchement à été très rapide. Tout s'est enchaîné si vite que je n'ai pas eu le temps d'assimiler tout ce que se déroulait. Je me rappelle encore regarder l'horloge aux alentours de 3h50 et me dire " wouah ! Il s'est passé quoi ? ". Je n'ai pas eu de péridurale, c'était mon souhait et je suis fière d'avoir réalisé mon projet. Ce n'était pas une partie de plaisir, mais je garde aujourd'hui, un merveilleux souvenir de notre accouchement et de LA rencontre de ma vie. La douleur a été oubliée à la seconde ou j'ai rencontré mon bébé.


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