Un don de soi




Moi, c'est Victoria, Vico pour les intimes. J’ai 28 ans et vit en couple depuis 3 ans avec un homme,


Doudou. Nous avons plein de projets, un futur appart, un futur chat… Bref, une vie à 2.



Vous la sentez arriver non, la question ?


" Et le bébé, c'est pour quand ? "



Et si ma meilleure réponse était le don ?

Offrir à deux êtres humains amoureux, la possibilité de devenir parents.

Voici ma décision. Peut-être étonnante pour beaucoup. Bousculante. Mais si évidente pour moi.




Mars 2020, premier confinement :


Le laboratoire pour lequel je travaille est malheureusement fermé.

Détestant au plus haut point de ne rien faire, je trouve une mission de bénévolat avec une amie à l’Hôpital Tenon. Nous distribuons du café et des brioches au personnel de l’hôpital.


Cette amie en question fait actuellement des études d’éducatrice spécialisée et est engagée dans de nombreuses associations contre le racisme, l'homophobie et la protection de la femme. Au détour d'une conversation sur les familles homoparentales, elle me parle du don d'ovocytes. Je savais que les hommes pouvaient donner leurs spermatozoïdes. Mais la question du don d'ovocytes ? jamais entendu parlé ! Je trouve ça tellement dommage ce manque d'informations. Je me rends compte aujourd'hui, que ce sujet est en fait tout simplement tabou dans notre société.


Cet échange avec mon amie me questionne. J'ai l'habitude de donner, beaucoup, que ce soit mon sang, de la moelle, mes organes au cas où. Pourquoi pas mes ovocytes ?


Je me lance alors dans quelques recherches chez notre cher ami Google. Je découvre un monde parallèle. Des sites suisses, espagnols qui proposent des rémunérations. Mais c’est pas censé être un don ? Des sites où il faut se décrire… Ton poids, ta taille, ta taille de hanches, la couleur de tes yeux, si tu as des taches de rousseurs… bref quelque chose de très précis. Absolument pas ce que je m'étais imaginée.


Je me renseigne également sur les personnes qui pourront bénéficier de mes petites ovules.

Je ne suis pas militante mais je reste tout de même très « ouverte » sur le monde. Je pense qu’au fond, c’est ma petite révolution personnelle. Je n’ai pas envie d’être mère pour le moment. Un jour, mais pas de suite. Je pense que nous ne sommes jamais prêts à être parent, mais je ne peux actuellement pas donner un environnement sain à un enfant. Alors, j'ai envie de donner,

à ceux qui se battent depuis des années, que ce soit pour un souci de santé ou « parce qu’ils ne rentrent pas dans la case de la parentalité ».



C'est tout naturellement et facilement que j'en parle à doudou entre 2 pipis.

« Tu en penses quoi ? Tu trouves ça bien ? ».

Sa réaction est positive. Il trouve ça chouette de pouvoir aider des humains à devenir parents, même s'il n'est pas très pour, concernant les mamans solos. Mais ça, c'est un autre débat.

Il conclut avec un " Tu es grande et adulte, tu fais ce que tu veux de ton corps."


Petit à petit, il se rend compte du traitement lourd et long dans lequel on s'engagerait, mais il est partant. Je suis heureuse qu'il valide ce projet.

Même si, me connaissant je l’aurais fait, qu'il adhère ou pas. Nous sommes très libres l’un envers l’autre mais aussi l’un sans l’autre. J’aurais été un peu triste, c’est même sûr. Mais je l’aurais fait. Et je pense qu’il m’aurait quand même aidée à me piquer.



Les jours passent. Je peaufine mes recherches. " Don ovocytes France".

Je tombe sur le site de l'Hôpital Tenon.

Sûre de moi, j'envoie un premier mail. Quelques jours après, le rendez-vous est pris.


Je suis attendue le 9 septembre 2020 par un médecin. Ce rendez-vous, je le sais, sera décisif.


L'été se passe. J'en parle à quelques personnes.

J'appréhende leurs réactions face à cette décision peu commune, j'ai surtout peur d'être jugée dans mes choix.


Mes ami.e.s ont réagi de façon … franche ! J'ai eu toutes les réactions possibles.

" On est tellement nombreux, ça sert à rien ! "

" Cet enfant, il n'aura pas la chance de connaître ses origines ! "

" Imagine qu'après tu n'arrives pas à en avoir …"

Elles n'ont peut-être pas vraiment tort dans le fond.


J'ai besoin d'autres avis.


J'en parle à mes très bonnes amies. Celles qui me connaissent depuis 8687676 ans. Toutes me soutiennent et m'encouragent.

" Bravo ! Tu es courageuse de faire ça ! "


J'en parle également à ma mère. Elle trouve ça très beau et rare. Elle est évidemment un peu inquiète et me met en garde. Elle se demande si ce n'est pas un nouveau délire pour combler je ne sais quel manque. Ma maman quoi. Mais elle me soutient. A fond. Et sera là, le jour J, à mes côtés pour la petite opération.


Je commence juste à appréhender l'organisation pour mon travail.

Si je dis rien et que je me retrouve à pleurer souvent ? à être surexcitée ? si je deviens un ours ? que je m'absente du jour au lendemain ? Ma chef va forcément s'inquiéter. Je dois l'informer !


Et si sa réponse est " tu dois travailler, tu as autre chose à faire que ça ! " ?


Finalement, beaucoup d'inquiétudes pour pas grand chose, car elle trouve ça tout simplement beau et courageux; et me soutient dans cette démarche.

LE SOULAGEMENT.



Durant ces quelques semaines, je n'ai pas rencontré que des personnes enthousiastes vis à vis de mon projet non plus. J'ai eu l'occasion d'en parler avec une femme de coeur extraordinaire pratiquante dans la religion catholique - car oui, je suis aussi croyante et pratiquante depuis 4 ans maintenant. Pour elle, avoir un enfant est un don. Le fait que certaines femmes ne puissent pas en avoir doit être une situation à accepter pour elles et leur corps. C'est son point de vue, je le respecte mais ce n'est pas le mien. Personnellement, je me questionne pour ces femmes qui souhaiteraient un enfant mais pour qui ce n'est pas le moment ? Pour ces couples de même sexe qui rêvent de parentalité mais bloqués par des lois qui leur interdisent ? Dieu est censé nous faire AMOUR.

Ne vais-je pas tout s