Un accouchement inattendu


Laetitia, 26 ans, petite bretonne d'adoption depuis 2013.Je travaille dans une ferme laitière où je prends soin de mes grosses vaches adorées, une vraie passion ! Je suis une touche à tout, une fille multifonction, un couteau suisse quoi ! Mon conjoint Jean-Marc, breton presque de pure souche, est agent de sécurité. Nous sommes ensemble depuis novembre 2014. Sportif, surfeur, motard, bricoleur et jardinier du dimanche... bref, l'homme parfait. Nous avons eu Killian, né en février 2017, petit bonhomme plein de vie et de créativité et Nolwenn née en septembre 2019, cascadeuse et petite gouelle (gourmande).



J'ai toujours pensé vivre un accouchement hors du commun. Vous savez celui où on n'a pas le temps d'arriver à la maternité et où on accouche dans la voiture. ou bien perdre les eaux en pleine de salle de sport, sur le vélo ou le tapis de course (oui, oui ! j'y croyais dur comme fer en 2017). Ou encore où tout se passe tellement vite que la péri n'a pas le temps d'agir... Bref ! Je l'ai toujours dit et pensé mais je n'aurai jamais cru que ça m’arriverait vraiment.



7 Février 2017 : Jour du terme de ma première grossesse. Nous quittons la maternité après un petit contrôle, pour visiter une maison, aujourd'hui nôtre. En pleine visite, le notaire me demande : « Et vous en êtes à combien de mois ? » et moi de lui répondre le plus sereinement du monde : « Je devrais accoucher aujourd'hui ». Complètement paniqué, et moi éclatée de rire, il me demande de bien vouloir attendre et de ne pas accoucher dans la maison. A ce moment précis, nous sommes juste en train de visiter l'étage, les quatre chambres et les toilettes ! 29 Septembre 2019, au soir: Mon papa est à la maison, il est venu passer quelques semaines avec nous pour la naissance de notre deuxième enfant. Ce dimanche soir, nous sommes tous les deux devant la télé pendant que Killian, mon petit pitchou de 2 ans et demi, est déjà au lit. Jean-Marc, mon conjoint, est quant à lui au travail pour une nuit de 12h (de 19h à 7h). Ce soir, j'ai des contractions identiques à celles de mes douleurs de règles, comme tous les soirs depuis 4-5 jours à vrai dire. J'encaisse la douleur lancinante, accompagnée d'une délicieuse tisane de feuilles de framboisier (ce n'est qu'un détail pour vous … mais pour moi ça a toute son importance). Fatiguée, je pars me coucher, avec en bonus, quelques migraines. Je m'endors tant bien que mal, mais sereine après un dernier message à mon amoureux.



2h : Je me réveille, toujours accompagnée des mes contractions. Une gorgée d'eau, un pipi et au lit ! Bon, là, clairement, je ne trouve plus de position confortable pour dormir, j'ai toujours des contractions, régulières mais encore supportables. Je ne sais comment, mais j'arrive à me rendormir.

3h : Je me réveille de nouveau. Petit pipi. Je somnole. Je n'arrive plus à dormir. Je réitère le combo gorgée d'eau/pipi, je ne sais combien de fois durant le reste de la nuit. J'ai l'impression d'être branchée en circuit direct sur ma vessie ! Le peu qui remplit ma vessie devient vite inconfortable à la contraction suivante. Je tourne, je vire dans mon lit. Je tente quelques pas de danse. Je trouve enfin une position où je me sens à l'aise et qui me convient pour gérer la douleur. Je suis là, seule dans ma chambre, lumière allumée, assise au bord du lit à demi en tailleur avec une jambe qui pédale sur le parquet quand la contraction suivante arrive. D'ailleurs elles sont régulières maintenant, toutes les 10 min. Avec Jean-Marc, nous nous envoyons des messages : « 10 min c'est pas un peu juste ? » - « Mais non ! On est laaaarge... Normalement c'est toutes les 5 min pendant 1h30 à 2h. » La légende raconte que pour un deuxième enfant on s'inquiète quand l'intervalle est régulier et de 10 min …. Vous ne le saviez pas ? Moi non ! Je suis zen. Peut-être trop à vrai dire. Je me sens sereine et bien dans mon corps. Je sens les contractions une à une irradier dans le bas de mon dos, dans mon ventre. J'inspire et j'expire calmement. Je ne fais que suivre ce que mon corps me dit de faire et il sait se faire comprendre. Je ne suis pas dans l'optique d'un accouchement imminent. J'en suis persuadée, ma fille jouera les prolongations dans son petit nid douillé. Nous avons le temps. Il ne me reste qu'à patienter jusqu'au retour de Jean Marc pour, ensemble, nous rendre à la maternité pour un petit contrôle. Bon là, à ce moment précis, comment dire ? Les hormones en éruption me font clairement voir le monde en Bisousnours ! J'ai vraiment pas envie de réveiller mon papa et mon grand au beau milieu de la nuit pour m'entendre dire une fois à la maternité : « Vous pouvez rentrer chez vous, ce n'est que du faux travail. Ce n'est pas pour aujourd'hui. » Non mais c'est vrai quoi, dans Baby boom c'est toujours comme ça ! Donc je suis zen, je suis fière, je gère bien la douleur. J'inspire un grand coup quand la contraction démarre, j'expire longuement au pic de douleur tout en pédalant dans le vide, et je m'étire vers le haut pendant la contraction. 5h passé de longues minutes:

Ca s'accélère. Mais fidèle à moi-même je ne panique pas. Toujours zen entre deux contractions. Enfin, vite fait parce 5 min ça passe vite. Les contractions sont plus fortes et plus intenses qu'au début de la nuit mais rien ne m'alarme. Je vous vois paniquer pour moi et vous demander « Mais qu'attend-elle pour appeler les urgences gynécos, les pompiers, le SAMU ? Réveille la maison ! Fait quelque chose ! » Que nenni ! 6h :

Le temps passe vite finalement ! Plus qu'une heure à attendre et Jean-Marc sera rentré à la maison pour m'emmener à la maternité. D'ici cette après midi nous aurons notre petite crevette dans nos bras. Les contractions sont de plus en plus fortes mais semblent s'espacer. 1 … 2 … 3 contractions… espacées de 10 minutes. Une 4°… une 5°… une 6° … espacées de 2-3 minutes seulement. Ok, peut-être que là, je dois envisager de faire quelque chose ? La douleur est si intense. Je ne peux ni réveiller mon papa qui dort dans la chambre d'à côté, ni envoyer un message à Jean Marc ou même appeler le SAMU. C'est pas pour autant que ça fera « Tilt ! » . Je ne réalise toujours pas que je suis en plein travail … Je suis comme dans une bulle. A ce moment là, les contractions sont si fortes que j'en mords l'oreiller et m'agrippe à la couette ! (la moitié de la phrase en moins ça pourrait presque être chaud patate). Et toujours cette envie de faire pipi. J'ai la trouille de me faire dessus et de salir le matelas (comprenez bien qu'on a des priorités dans la vie) alors je file aux toilettes. Enfin filer est un bien grand mot parce qu'au vue de mon allure j'ai rien d'une nana qui file ! Mon essai pour m’asseoir sur les toilettes est complètement infructueux alors tant bien que mal je reste là au dessus, jambes légèrement fléchies, et je donne tout ce que j'ai pour faire mon pipi. Et …. loupé ! C'est dans un joli bruit de bouteille de champagne que l'on ouvre, qu'un bouchon a été expulsé. Ok. Donc là, je suis en train d'accoucher... enfin je crois... Je passe ma main entre mes jambes. Je sens des cheveux et une petite tête prête à sortir. Plus de doutes… J'accouche. La panique n'a pas le temps de s'installer qu'une nouvelle contraction arrive. Un mélange d’excitation, de panique, l'adrénaline fait son effet. Je pousse comme mon corps me le dicte, ça soulage ma douleur. Je n'arrête pas de penser aux vêlages que j'assiste régulièrement à mon travail. Je pense aux vaches qui font tout leur travail seule, sans quasiment aucune assistance, à chaque contractions qu'elles ressentent et à cet instinct qu'elles ont de pousser. Dans un petit cri, la tête passe. Et autant vous dire qu'avoir une tête qui pendouille entre les jambes ça fait bizarre. Killian se réveille en pleurs, j'appelle mon papa qui ne se réveille pas. Je tente de sortir des toilettes mais pas moyen d'aligner trois pas. Je tiens sa tête dans une main, ouvre la chambre de Killian de l'autre (les portes de la chambre et des toilettes étant l'une à côté de l'autre) et le rassure calmement : « Maman va bientôt s'occuper de toi. » Je retourne au dessus du toilette, Killian s'est apaisé et je sens une nouvelle contraction arriver. J'appréhende le passage des épaules (allez savoir pourquoi ?). Dans une ultime poussée, dans le silence de la maison, son petit corps glisse et se dépose au creux de mes mains. Je n'oublierai jamais cette sensation. Ma toute petite crevette pousse son premier cri tout en se lovant contre ma poitrine. Nous sommes le Lundi 30 Septembre, il est 6h45 et je réalise enfin la nuit blanche merveilleuse que je viens de passer. - Fin de la séquence émotion et début de la séquence un peu folklo. - Je débarque dans la chambre de mon papa, bébé au bras, cul nul, cordon pendouillant entre les jambes et lui annonce avec ma petite voix toute émue : « Papa je viens d'accoucher dans les toilettes, je fais quoi maintenant ? » A sa place, ce genre de vision au réveil m'aurait fait halluciner ! Je lui raconte brièvement ce qu'il vient de se passer, il pensait que c'était Killian qui pleurait. Je me décide à appeler le SAMU, le temps que mon papa m'aide à m'installer sur le lit. La standardiste du SAMU ne sait pas quoi faire et me répond que c'est la première fois qu'on l'appelle pour ce genre de situation. Une fois le médecin au téléphone, je lui résume la situation. Étonné de mon calme et mon sang froid, il me demande : « Et donc, là, vous êtes dans votre lit et bébé tète ? » « Oui et elle tète sacrément bien ! » Il me prévient qu'ils seront là d'ici 15 min lui, son équipe ainsi que les pompiers. 6h55:

J'appelle enfin le principal concerné, le Papa, qui part 5 min plus tôt du travail. Je m'en veux de ne pas avoir su déceler les signes, pourtant gros comme une maison, de mon accouchement imminent et du coup de ne pas l'avoir prévenu plus tôt … Sur la route du retour, il aperçoit les lumières du SAMU, et instinctivement les attend pour les guider jusqu'à la maison. Pendant ce temps, Killian qui attend patiemment dans son lit, me répète : « Bébé veut un doudou ». Mon papa l'aide à sortir de son lit et il me rejoint, plein d'amour et de tendresse pour sa petite sœur. Killian lui offre ses premiers bisous et câlins. Je suis tellement émue de cette rencontre et de voir à quel point il a compris si vite ce qu'il vient de se passer. Jean-Marc arrive. Je l'entend courir dans l'escalier, suivi de près par le SAMU et les pompiers. Malgré son absence pour cet accouchement improbable, c'est ici, dans notre chambre, qu'il coupera lui même le cordon de notre petite fille. Les contractions continuent, le placenta est toujours bloqué. Brancardées avec bébé, nous sommes transportées au CHU, après un passage périlleux dans notre grande cage d'escalier refaite à neuf, qui pour le coup nous a parue très petite. Le trajet m'est interminable. Je ressens chaque virage, chaque bosse ou trou sur la route. Les contractions sont bien plus fortes que celles que j'ai eues tout au long de la nuit. Elles s'intensifient. Encore et encore. A l'hôpital, je passe 30 minutes atroces, de contractions insupportables, à tenter d'expulser tant bien que mal ce foutu placenta. Pendant ce temps, notre crevette, Nolwenn, est posée sur Jean-Marc en peau à peau. Ils semblent si paisibles tous les deux, l'un dormant contre l'autre. De mon côté, je m'épuise, je vis un deuxième accouchement en moins de 2h bien plus intense. Les minutes sont interminables. La sage-femme m’avertit qu'elle va devoir faire appel à l'anesthésiste. Elle me propose un gaz hilarant pour m'aider à supporter la douleur. J'ai déjà failli tourner de l’œil plus d'une fois à y mettre toute ma puissance alors je ne suis pas contre. J'en ris et leur dis que j'ai vu ça dans un épisode de Baby Boom quelque jours avant, et que ça avait l'air vachement bien ! Me voilà donc shootée au gaz, dans les vapes complet. Mais la douleur est tellement importante que je la ressens toujours puissance 10000. Je sens la sage-femme me pétrir le ventre, y mettre tout son poids. Une fois de plus mes pensées me ramènent à mon travail, où après un vêlage on laisse la vache délivrer seule, en quelques heures ou jours pour certaines, alors pourquoi nous infliger ça ? Après réflexion, vu les contractions que j'encaissai, c'était quand même pas plus mal d'insister pour qu'il sorte ! In extremis. Je l'expulse enfin, au moment même où l'anesthésiste fait son entrée dans la salle. Les contractions s'arrêtent aussitôt. Je suis soulagée : "Je vais enfin pouvoir profiter de notre toute petite crevette. " Quelques minutes plus tard je me relève. Le corps humain est une machine incroyable ! Plus tôt, je vivais un marathon où je me croyais au bout de ma vie et désormais je déambule dans cette pièce, toujours cul nul, mais avec une jolie petite fille dans les bras; de tout juste 3kg et 47cm au doux prénom de Nolwenn. J'ai vécu la nuit blanche la plus belle et intense de ma vie. Même si c'était un accouchement à domicile non planifié, je ne regrette rien. Je ne regrette rien de ma naïveté, de mon instinct complètement off et d'avoir tout fait seule. Je ne m'en pensais d'ailleurs pas capable et je pense que nous sommes toutes comme ça tant que nous ne l'avons pas vécu, de cette manière ou d'une autre. J'ai apprécié être loin de ce corps médical omniprésent pendant tout le travail, de ne pas subir cette pression des monitoring, des instruments qui bipent et des passages incessants dans la salle d'accouchement et dans mon vagin... (soyons honnêtes ce n'est pas une simple visite de courtoisie pour lui!). Pas de contrôle de col. Pas d'attente interminable à se demander quand est ce que je serais enfin à 10 avec un col effacé pour pouvoir pousser. Bien heureusement tout s'est bien passé pour nous. Je suis heureuse d'avoir vécu deux accouchements diamétralement opposés. Pour les deux, je voulais un accouchement naturel, physiologique, sans péridurale. L'un aura été entièrement médicalisé avec un déclenchement et une péridurale. L'autre au delà de mes attentes ! Naturel, à l'écoute de mes sensations et complètement physiologique. Un message pour les futures mamans ? Qu'importe la façon dont vous imaginez votre accouchement, il arrive bien souvent que tout ne se passe pas comme prévu… Alors vivez le comme une expérience unique, ressentez chaque contraction comme un pas de plus vers cette rencontre merveilleuse; écoutez votre corps, faites lui confiance et surtout faites VOUS confiance. Qu'il soit avec ou sans péridurale; debout, couché, sur le côté; à la maternité, à la maison ou dans la voiture… on s'en fiche. Chaque accouchement est unique; mais toutes, accomplissons le plus beau : donner la vie.


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